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Elvup a tenu son assemblée générale mardi 8 juin 2021 sur le thème « Agissons pour préserver nos élevages du changement climatique » ; une réflexion qui est essentielle si nous voulons continuer à être demain une terre d’élevage.

Les témoignages d’éleveurs sont unanimes et les experts formels : le changement climatique est déjà une réalité dans l’Orne. L’est du département connaît notamment depuis 3 ans des situations de sécheresse avec des baisses de rendement importantes à l’hectare (entre -20% et -40% en 2020) ; et ces conditions vont continuer à évoluer. Les prévisions indiquent que Flers connaîtra dans 15-20 ans les conditions climatiques de Mortagne-au-Perche aujourd’hui.

Système fourrager : ce qui va changer d’ici 2050

Les températures seront plus élevées (de 1 à 1,5 degrés supplémentaires en moyenne) ; il y aura plus de vent et aussi plus de luminosité. Trois composantes de l’évapotranspiration qui – si elle augmente – amplifiera la sécheresse du sol. Tandis que la pluviométrie n’augmentera pas.

Selon Emilie Turmeau, référente production fourragère d’Elvup : « on constatera de plus en plus une forte variabilité d’une année sur l’autre avec de bonnes années et des années très compliquées ; sans qu’on puisse en connaître la fréquence, ni les anticiper. C’est pourquoi, il est important d’intégrer les aléas climatiques dans nos stratégies fourragères. »

Changement climatique dans l’Orne : déjà une réalité 

Benoît Boidron, éleveur laitier en agriculture biologique dans le centre du département, confie être touché depuis 3-4 ans par le changement climatique, qu’il qualifie de « fulgurant ». « Auparavant, nous n’étions jamais en manque de fourrage. Aujourd’hui, on n’a plus de pâturage l’été : c’est le trou noir pendant 2 à 3 mois. Le printemps peut aussi être compliqué ; et à l’automne, on est dans l’imprévu. Pour compenser ce manque de fourrage, on optimise les périodes favorables, on essaie de valoriser au maximum les stocks et on achète en complément de la luzerne. »

Ce témoignage reflète la situation d’un grand nombre d’éleveurs en agriculture biologique et conventionnelle, que nous accompagnons chez Elvup. Un constat qui ressort également de notre enquête menée en 2020 sur l’impact du changement climatique sur les productions fourragères.

Résultats de l’enquête : impacts du changement climatique sur les systèmes fourragers

Xavier Goutte, responsable agronomie de la chambre d’agriculture, livre un compte rendu des diagnostics, relatifs à l’impact du changement climatique, réalisés en 2020 dans une vingtaine d’exploitations – réparties sur l’ensemble du département et recourant à des systèmes très variés. Les différentes situations rencontrées sont regroupées en 3 grandes catégories :

  • Catégorie 1les élevages en agriculture biologique

Constat : chute de la production fourragère des éleveurs rencontrés ; en cause : la fertilisation. Le problème viendrait principalement du phosphore dont l’exportation est plus importante que sa réinjection dans les sols ; et sans phosphore, la terre peine à produire et l’azote est présent en faible quantité. Une difficulté qui est accentuée avec un climat moins favorable.

  • Catégorie 2les élevages « conventionnels » dits performants

Constat : des éleveurs ayant mis en place des dispositifs pour sécuriser leur système fourrager après avoir réalisé des diagnostics prairiaux, modifié les itinéraires culturaux de l’ensemble des cultures fourragères et mené une réflexion générale sur l’assolement.

  • Catégorie 3les élevages « conventionnels » en difficulté

Constat : des éleveurs ayant des difficultés à sécuriser leurs stocks fourragers pour des raisons multiples : non cohérence de l’assolement par rapport aux besoins, des itinéraires techniques inadaptés, pas d’adaptation des conduites au nouveau contexte climatique, augmentation du troupeau pas toujours maîtrisée, etc.

Mesurer pour bien piloter

Xavier Goutte : « Il n’y a pas de recette universelle. Chaque élevage est différent même si nous avons fait ressortir les grandes tendances. Aussi, il est essentiel de réaliser un diagnostic complet de son exploitation : évaluer ses pratiques et ses capacités à pouvoir stocker des fourrages au regard de ses besoins. Cela permet de mettre en place des actions correctives et de tenir ensuite une bonne ligne de conduite sur le long terme. On voit trop souvent des élevages où les décisions sont prises dans l’urgence. Elles sont alors souvent coûteuses ou drastiques et ne sont pas toujours les meilleures… Pour éviter ce scénario, il faut anticiper, réaliser des analyses de sols pour comprendre rapidement où est le problème et prendre les bonnes décisions en connaissance de cause. »

Les élevages de la catégorie 2 ont en commun d’avoir compris les enjeux, de s’être renseignés et d’avoir su se faire accompagner par des conseillers-experts.

C’est le cas de Cédric Berard, éleveur laitier dans l’est du département, qui a décidé, il y a de cela quelques années, de diversifier son système fourrager afin de sécuriser ses stocks en réduisant notamment ses surfaces en céréales pour créer des prairies temporaires efficaces. Côté agronomie, « on a fait le choix de travailler en simplifié pour limiter le labour des sols et les pertes par évapotranspiration ».

Renforcer les capacités de stockage fourrager

Une autre conséquence importante du changement climatique sera aussi la variabilité des rendements d’une année sur l’autre. « Les pertes pourront aller de 10 à 50%, estime Yann Martinot, directeur technique d’Elvup« Il faudra donc pouvoir constituer des stocks de report, couvrant les besoins des animaux sur 4 à 6 mois, pour faire face aux mauvaises années. »

Diversifier les assolements

Question assolement, « les choses ne sont plus figées » assure Xavier Goutte. « Il faut accepter de revoir totalement les habitudes historiques ». « Toutes les opportunités seront bonnes à prendre », commente Emilie Turmeau.

Plusieurs perspectives s’offrent à nous :

  • Revoir les itinéraires culturaux(notamment pour le maïs) : avancer les dates de semis, choisir des variétés adaptées à l’offre thermique et à plus fort rendement, et augmenter la densité de semis ;
  • Choisir un couvert végétal qui ne pénalise pas la culture suivante;
  • Anticiper les dates de récolte des prairies ainsi que la mise à l’herbe si la portance des sols le permet ;
  • Aménager les parcelles: surface, abreuvement de capacité suffisante et emplacements réfléchis, ombrage suffisant, chemins qui favorisent la circulation ;
  • Abriter les troupeaux dans les bâtiments l’été afin de ne pas fragiliser les prairies, de préserver le bien-être des animaux tout en garantissant leur performance ;
  • Etre ouvert aux opportunités en termes de choix de prairie et de légumineuse: il n’y a plus de règle fixe ! Les espèces et variétés seront à choisir en fonction des objectifs de chaque éleveur, de la situation pédoclimatique de leur exploitation et à cultiver selon le bon mode opératoire ;
  • Prévoir des dérobées d’été en cas de besoin et si les conditions d’humidité des sols sont favorables;
  • Exploiter la pousse hivernale pour compenser les pertes de l’été ;
  • Travailler la fertilisation des sols;
  • Prévenir les risques de tassement des sols dus à la récolte d’hiver ;
  • Réduire l’âge au vêlage des génisses et leur nombre au juste nécessaire.

Quid de l’irrigation ?

Jusqu’alors nous ne nous sentions pas concernés par l’irrigation en Normandie. Mais, celle-ci pourrait « permettre de compenser le stress hydrique des sols quelle que soit la culture », admet Emilie Turmeau.

Au même titre qu’il nous faut renforcer nos capacités de stockage en fourrage, nous devrons sans doute prévoir demain des réserves en eau pour sécuriser nos cultures et garantir la souveraineté alimentaire de notre pays – dont on parle beaucoup en cette période post confinement.

« On ne voudrait pas importer chez nous de l’agriculture dont on ne maîtrise pas les normes », ajoute Laurence Sellos, présidente de la commission élevage de la Chambre d’Agriculture de Normandie. Toutefois, c’est ce qui pourrait arriver si les éleveurs n’ont plus assez de fourrages pour nourrir leurs animaux.

« On rencontre beaucoup d’éleveurs qui ont plus peur de manquer de paille que de fourrage », témoigne Xavier Goutte. Pourtant, le risque est bien là avec le changement climatique de ne plus avoir assez de nourriture – qui plus est qualitative – pour couvrir les besoins des animaux et tenir de ce fait nos objectifs de production.

L’irrigation pourrait donc être une solution. Encore faut-il que la réglementation le permette… Laurence Sellos nous alerte sur le nouveau schéma directeur de l’aménagement et de la gestion de l’eau en gestation pour 2022-2027 qui prévoirait l’interdiction des retenues d’eau. Nous ne pourrions plus retenir l’eau qui tomberait du ciel. « Ce sont des règlementations sur lesquelles il faut rester vigilants pour ne pas les subir dans l’avenir. »

Des bâtiments ventilés et rafraîchissant pouvant accueillir les animaux l’été

Au-delà de la gestion de notre production fourragère, il va aussi falloir adapter nos bâtiments au changement climatique.

« Les bâtiments d’élevage ont historiquement été conçu pour répondre à des contraintes hivernales », résume François Normand, référent bâtiment, bien-être animal et environnement d’Elvup. Aujourd’hui, la donne a changé.

On connaît désormais l’impact du stress thermique sur la production de la vache laitière ; et ce que cela induit en termes de perte de chiffre d’affaires. En 2020, une vache tarie qui a subi un stress thermique a perdu en moyenne 158kg de litres de lait sur sa lactation suivante ; et une vache en production en a perdu environ 120kg… cela multipliée par le nombre de vaches. L’impact financier est donc loin d’être négligeable.

Les perspectives à venir indiquent que les animaux seront de plus en plus en situation de stress thermique. Par contre, ils réussiront à s’adapter si on revoie l’aménagement de nos bâtiments, qui représentent de parfaits abris pour l’été.

Aussi, Elvup réalise des diagnostics de bâtiment et préconise des aménagements. « On regarde les points d’abreuvement, de débit, de qualité de l’eau », explique François Normand, mais aussi « la luminosité, l’organisation dans le bâtiment, la ventilation naturelle, l’aménagement – si nécessaire – de ventilation dynamisée et, éventuellement, la création de zones de douchage. »

« En complément d’un effet vent, il sera probablement nécessaire de créer demain des zones de douchage dans le but d’apporter aux animaux les apports en eau nécessaires à leur refroidissement, par évapotranspiration, avec un système de pulvérisation par buses, selon une fréquence calibrée et à des moments très précis. » L’objectif étant de garantir la performance de production des vaches laitières.

Adaptation… mais aussi atténuation

Laurence Sellos évoque également le rôle à jouer du monde agricole dans la réduction des gaz à effet de serre, « via le respect des bonnes pratiques agricoles, le stockage du carbone dans la biomasse (à travers les couverts végétaux, la méthanisation…), l’agroforesterie, la plantation des haies… ».

L’outil Cap2ER, mis en place par l’Idèle et utilisé par Elvup et les Chambres d’Agriculture de Normandie, permet également de connaître la production de gaz à effet de serre des exploitations. Un diagnostic qui peut ensuite être suivi d’un plan carbone pour financer certains travaux d’amélioration visant à réduire son bilan carbone.

Quelles aides de l’Etat, de la région et du département ?

  • Plan de relance

https://www.franceagrimer.fr/Accompagner/Plan-de-relance-Agriculture/Plan-de-relance-Agriculteurs

  • Crédit carbone
  • Aides aux petits investissements

https://www.orne.fr/services/panorama-economique/agriculture

  • CAS2E
  • Dossier 2020 calamité sécheresse pour 254 communes à l’est du département : à remplir en télé déclaration avant le 30 juin

http://www.orne.gouv.fr/calamite-secheresse-2020-sur-fourrages-ouverture-a11156.html

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