Certaines parcelles de maïs présentent cette année davantage de charbon commun (Ustilago maydis). Il est reconnaissable à ses galles blanchâtres puis noires et poudreuses, souvent présentes sur les épis. Son aspect peut être impressionnant, mais le charbon commun ne produit pas lui-même de mycotoxines. Ses principales conséquences concernent la quantité de grain produite et, lorsque l’infestation est importante, la valeur alimentaire du maïs.
Mon maïs est déjà ensilé : faut-il s’inquiéter ?
La présence de charbon dans un silo de maïs ne signifie pas que le fourrage est inutilisable. En ensilage plante entière, les galles sont diluées dans l’ensemble de la plante : tiges, feuilles, rafles, grains et plantes non atteintes.
Les essais disponibles montrent cependant qu’une infestation importante peut modifier la qualité du fourrage. Sur des ensilages réalisés avec des proportions croissantes de plantes atteintes, la teneur en fibres augmentait tandis que les glucides non structuraux et la digestibilité globale diminuaient.
ARVALIS précise qu’une forte infestation peut diminuer l’appétence, l’ingestion et donc les performances. L’institut déconseille l’utilisation en alimentation animale lorsque l’infestation dépasse environ 20 à 25 % des plantes.
Pour un silo déjà réalisé, il ne faut donc pas condamner le fourrage sur la seule présence visuelle de charbon. Le plus utile est de connaître sa valeur réelle par analyse et de surveiller son comportement à l’auge.
Il faudra notamment regarder la matière sèche, l’amidon, le NDF, la digestibilité des fibres, les glucides solubles et la valeur énergétique. Un maïs ayant produit moins de grain n’est en effet pas obligatoirement très pauvre en énergie. Des sucres et une bonne digestibilité des tiges et feuilles peuvent compenser en partie une teneur réduite en amidon.
Une vigilance supplémentaire est nécessaire si les épis présentaient, en plus du charbon, des moisissures blanches, roses, rouges ou verdâtres. Le charbon commun ne produit pas de mycotoxines, mais d’autres champignons de l’épi, notamment les Fusarium, peuvent être présents simultanément.
En pratique
Si le silo contient un peu de charbon mais présente une bonne conservation, une odeur normale et une bonne consommation, il n’y a pas de raison de l’écarter automatiquement.
En revanche, si l’infestation était importante, il est préférable de faire analyser le fourrage et de suivre attentivement l’ingestion et les performances avant de conclure sur sa valeur.
Parcelle encore sur pied : maïs épi ou maïs grain ?
Avec le charbon concentré sur les épis, le choix du maïs épi devient discutable puisqu’on récolte justement la partie atteinte.
Le maïs épi ensilé est constitué du grain, de la rafle et de tout ou partie des spathes. En conditions normales, c’est un aliment très énergétique contenant en moyenne autour de 58 % d’amidon, avec une variabilité d’environ 50 à plus de 65 %. Or, lorsqu’une galle de charbon se développe sur l’épi, elle prend la place de grains qui auraient dû se former. Avec une récolte en maïs épi, on conserve donc précisément la partie de la plante où le charbon est le plus présent.
Plus les épis sont atteints, moins il y a de grain → plus la proportion relative de rafles, spathes et tissus charbonnés augmente → plus le produit risque de s’éloigner d’un maïs épi classique riche en amidon.
Il n’existe toutefois pas de seuil expérimental fiable permettant d’affirmer qu’à partir de « X % d’épis charbonnés » le maïs épi devient inutilisable. La décision doit tenir compte à la fois du nombre d’épis atteints et de la proportion de chaque épi réellement détruite.
Pour une récolte en grain, le charbon pénalise surtout le rendement
Avec une récolte en grain, la logique est différente. La moissonneuse cherche à récupérer les grains réellement formés. Les galles, rafles et une partie importante des débris ne constituent pas le produit final recherché.
Le charbon va donc principalement se traduire par des grains qui n’ont jamais été produits et donc une perte de quintaux par hectare. Le charbon commun n’est pas associé lui-même à une production de mycotoxines dans le grain et ne provoque pas de nouvelle infection après récolte. Il pourra par contre être responsable d’une augmentation des impuretés.
En présence importante de charbon sur les épis, il y a donc un avantage à la récolte en grain
À potentiel de récolte restant suffisant, le maïs grain paraît généralement préférable au maïs épi lorsque les galles sont nombreuses et principalement localisées sur les épis.
Avant de choisir, faire un comptage simple
Sur plusieurs zones représentatives de la parcelle, observer au minimum :
- le pourcentage d’épis présentant du charbon ;
- la proportion moyenne de chaque épi détruite ;
- le nombre et le remplissage des grains encore présents.
Ainsi, 20 % d’épis portant une petite galle à leur extrémité est une situation très différente de 20 % d’épis dont la moitié est remplacée par du charbon.
À retenir
Maïs déjà ensilé : la présence de charbon ne condamne pas le silo. Une analyse alimentaire et la surveillance de l’ingestion permettent d’en apprécier réellement les conséquences.
Parcelle encore sur pied et hésitation épi/grain : si le charbon est surtout présent sur les épis et devient important, le maïs grain est généralement la destination à privilégier par rapport au maïs épi, à condition que le rendement grain restant justifie la récolte.
Dans tous les cas : charbon ne signifie pas automatiquement mycotoxines. En revanche, la présence simultanée d’autres moisissures sur les grains doit conduire à renforcer la vigilance sanitaire.
Pour en savoir plus, vous pouvez contacter
Emilie TURMEAU
Conseillère d’exploitation et référente R&D herbe-pâturage et syst. fourrager